Uvira - Kasindi : Au-delà des frontières, renforcer l’autonomie financière des commerçants pour bâtir des communautés résilientes
Uvira, 24 août 2026 — Chaque matin, avant que la ville ne s’anime pleinement, Mama Mado prépare son activité de commerce transfrontalier. Comme de nombreuses femmes qui vivent des échanges entre Uvira et les pays voisins, son petit commerce représente bien plus qu’une source de revenus : il contribue aux dépenses du ménage, à la scolarisation des enfants et à la stabilité économique de sa famille. Mais derrière chaque journée de commerce se cachent aussi des défis : trouver les ressources nécessaires pour acheter les marchandises, épargner régulièrement, accéder à un crédit adapté et mieux gérer les revenus de son activité.
Pour elle comme pour de nombreux petits commerçants transfrontaliers, renforcer l’activité économique passe donc aussi par la capacité à mieux gérer les ressources disponibles. C’est dans cette perspective que le PFCIGL a officiellement lancé, ce lundi à Uvira, les activités de CARE International consacrées à l’accompagnement des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) auxquelles sont liés des commerçants transfrontaliers et des agri-preneurs.
La cérémonie, organisée à l’Auditorium de la Femme de la mairie d’Uvira, a été présidée par KASAZA Namalyongo Museveni, Ministre provincial du Plan du Sud-Kivu, Représentant le Gouverneur de province Jean-Jacques Purusi Sadiki. Mis en œuvre par CARE International avec son partenaire local Amis de la Justice (ADJ), le sous-projet sera déployé pendant douze mois à Uvira et Kiliba, dans le Sud-Kivu, ainsi qu’à Kasindi, dans le Nord-Kivu.
Pour le Coordonnateur du PFCIGL, Thierry Kayembe, cette intervention traduit une vision qui place les personnes au cœur de la facilitation du commerce : « Construire des infrastructures transfrontalières n’est que la moitié du chemin ; la véritable intégration régionale s’accomplit lorsque nous renforçons l’humain et donnons à nos petits commerçants les moyens d’être maîtres de leur propre avenir. »
Cette vision donne une portée particulière à l’intervention de CARE International. Pour le PFCIGL, faciliter le commerce ne consiste pas uniquement à améliorer les infrastructures ou à fluidifier les échanges aux frontières. Cela signifie également renforcer les capacités de celles et ceux qui font vivre quotidiennement ces échanges. À travers cet accompagnement, le projet entend agir sur un maillon essentiel de l’économie locale : la capacité des petits commerçants, notamment les femmes et les jeunes, à épargner, accéder au crédit, investir et développer durablement leurs activités.
Le lancement officiel des activités de CARE constitue ainsi le point de départ d’un processus qui doit permettre de mieux comprendre les réalités des commerçants et des agri-preneurs avant de définir les réponses à leurs besoins. La prochaine étape sera notamment consacrée au diagnostic participatif des AVEC dans les zones d’Uvira, Kiliba et Kasindi. Il permettra d’examiner leur organisation, leur gouvernance, leur gestion financière, leur fonctionnement en matière d’épargne et de crédit, leur niveau d’inclusion ainsi que les capacités de leurs membres.
Cette démarche revêt une importance particulière, toutes les AVEC ne disposent pas du même niveau d’organisation, d’expérience ou de performance. Le diagnostic doit donc permettre d’identifier les forces, les difficultés et les besoins spécifiques de chaque groupe afin que l’accompagnement soit réellement adapté.
Surtout, les communautés ne seront pas de simples destinataires de cet accompagnement. Elles seront appelées à prendre part au processus. Enquêtes, entretiens, discussions de groupe et observations de terrain permettront aux membres des AVEC de partager leurs expériences, leurs difficultés et leurs attentes. Cette approche participative doit permettre de construire les solutions à partir des réalités vécues par les commerçants eux-mêmes.
Pour Mama Mado, ce processus peut ouvrir des perspectives nouvelles. Si son AVEC est mieux structurée et si elle et les autres membres renforcent leurs connaissances en matière d’épargne, de crédit et de gestion, elle pourra progressivement mieux planifier son activité, constituer une épargne, accéder à des ressources adaptées et envisager des investissements plus importants dans son commerce. L’objectif n’est donc pas simplement qu’elle puisse emprunter davantage, mais qu’elle puisse mieux décider, mieux investir et devenir plus autonome dans la gestion de son activité économique.
L’impact attendu dépasse ainsi le portefeuille de chaque commerçant. Une femme qui parvient à stabiliser et développer son activité peut contribuer davantage aux besoins de son ménage, faire face plus facilement aux imprévus et investir dans l’avenir de ses enfants. Lorsque ces progrès se reproduisent au sein de plusieurs AVEC, ils peuvent contribuer à renforcer les revenus, l’activité économique locale et la résilience des communautés.
Cette dimension sociale est au cœur de l’intervention. Le diagnostic accordera notamment une attention à la participation des femmes aux responsabilités et aux décisions, à l’implication des jeunes, à leur accès aux crédits ainsi qu’aux obstacles rencontrés par les personnes vulnérables. Il s’agit ainsi de faire des AVEC des espaces non seulement d’épargne et de crédit, mais aussi de participation, d’apprentissage, d’autonomisation et de solidarité communautaire.
La digitalisation constituera également une perspective importante de l’accompagnement. Avant d’introduire de nouveaux outils, CARE évaluera le niveau d’accès des membres aux téléphones, leur maîtrise des technologies, leur utilisation du de la digitalisation et les conditions de connectivité dans les zones concernées. L’ambition est de promouvoir une transformation numérique progressive et réaliste, capable d’améliorer la gestion, la traçabilité et la sécurisation des opérations des AVEC.
Ainsi, pour Mado, le changement ne se résume pas au lancement officiel de ce 24 août. Il se construira progressivement au cours des douze mois d’accompagnement, à partir de l’écoute, du diagnostic, du renforcement des capacités et de solutions adaptées à sa réalité de commerçante.
Son espoir est simple : pouvoir mieux épargner, mieux gérer son activité, accéder à des financements adaptés, développer son commerce et offrir davantage de stabilité à sa famille. Et derrière cette ambition individuelle se trouve un enjeu collectif : permettre aux commerçants transfrontaliers et aux agri-preneurs de devenir des acteurs économiques plus autonomes, mieux organisés et plus résilients.
À travers CARE International, le PFCIGL fait ainsi le choix d’investir dans les femmes et les hommes qui sont au cœur des échanges transfrontaliers. Car faciliter le commerce, c’est aussi renforcer ceux qui le font et leur donner davantage de moyens pour construire eux-mêmes un avenir économique plus solide.