Harmonisation des mesures SPS entre le Burundi et la RDC : une réforme qui ouvre la voie à un commerce transfrontalier plus sûr, inclusif et prospère
BUJUMBURA (Burundi), 19 juin 2026 – Derrière les statistiques du commerce transfrontalier entre le Burundi et la République démocratique du Congo se dessine une réalité quotidienne portée par des milliers de femmes, de petits producteurs agricoles et d'éleveurs qui assurent l'approvisionnement alimentaire des populations des deux pays. Pourtant, une grande partie de ces échanges continue de s'effectuer dans l'informalité, conséquence de procédures sanitaires et phytosanitaires souvent complexes, coûteuses et peu adaptées aux réalités des petits opérateurs.
Réunis à Bujumbura du 16 au 19 juin 2026 dans le cadre d'un atelier bilatéral organisé sous l'égide du COMESA, les experts, autorités compétentes et partenaires techniques ont placé cette problématique au cœur des discussions. Au-delà d'une réforme technique des contrôles sanitaires, l'initiative ambitionne de faire de l'harmonisation des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) un véritable levier de développement économique inclusif, de facilitation des échanges et d'autonomisation des communautés frontalières.
Au poste frontalier de Kavimvira - Gatumba, principal point de passage entre le Burundi et la province du Sud-Kivu en RDC, des centaines de petits commerçants traversent chaque jour avec des produits agricoles et halieutiques destinés aux marchés locaux. Tomates, oignons, manioc, fruits, lait frais ou encore les célèbres ndagala du lac Tanganyika constituent la base de ce commerce qui fait vivre des milliers de ménages.
Face à la multiplicité des certificats exigés et à des procédures parfois difficiles à comprendre ou à financer, de nombreux opérateurs privilégient encore les circuits informels, s'exposant à des risques de confiscation de leurs marchandises, à des pertes économiques importantes et à diverses formes de tracasseries administratives.
Les petits éleveurs de la plaine de la Ruzizi rencontrent des difficultés similaires lorsqu'ils déplacent quelques caprins ou porcins entre les deux pays sans disposer de documents harmonisés reconnus de part et d'autre de la frontière.
L'approche adoptée par les deux États marque une évolution importante dans la gouvernance du commerce transfrontalier. L'objectif n'est plus uniquement de renforcer les contrôles, mais de simplifier les procédures afin de favoriser l'intégration progressive des petits opérateurs dans les circuits formels.
À travers la mise en œuvre de mécanismes adaptés, notamment le Régime Commercial Simplifié, les autorités entendent réduire les barrières administratives qui pénalisaient particulièrement les femmes commerçantes, principales actrices du commerce transfrontalier de proximité.
La simplification des procédures de certification sanitaire permettra ainsi aux petits producteurs de faire reconnaître leurs produits selon des modalités plus accessibles financièrement et administrativement, facilitant leur accès aux marchés régionaux dans un cadre légal et sécurisé.
Le protocole d'accord en préparation prévoit l'application harmonisée des mesures SPS entre le Burundi et la RDC selon des principes de transparence, de prévisibilité et de non-discrimination.
Cette harmonisation vise à limiter les divergences d'interprétation des réglementations, à réduire les contrôles redondants et à promouvoir des inspections conjointes fondées sur l'analyse des risques.
Pour les coopératives agricoles et les organisations de femmes commerçantes transportant des produits périssables tels que le maïs, le lait ou les légumes frais, la réduction des délais aux frontières représente un enjeu majeur. Une circulation plus fluide contribuera à diminuer les pertes post-récolte, à préserver la qualité des produits et à améliorer directement les revenus des ménages.
L'accord prévoit également le développement d'outils de proximité destinés aux petits producteurs et commerçants, notamment des unités mobiles de contrôle sanitaire, des brigades vétérinaires et phytosanitaires ainsi que des campagnes conjointes de sensibilisation.
Cette démarche s'inscrit dans l'approche intégrée « One Health », qui reconnaît l'interdépendance entre la santé humaine, la santé animale et la protection de l'environnement.
En renforçant leurs connaissances sur les bonnes pratiques sanitaires et la prévention des zoonoses, les petits commerçants deviennent des acteurs essentiels de la sécurité sanitaire régionale tout en améliorant la qualité et la compétitivité de leurs produits.
À travers cette initiative, le Burundi et la République démocratique du Congo affirment leur volonté de transformer leurs frontières en espaces de coopération économique, de protection des consommateurs et de création d'opportunités pour les populations locales.
L'harmonisation des mesures sanitaires et phytosanitaires dépasse ainsi le cadre réglementaire pour devenir un instrument concret de réduction de la pauvreté, de renforcement de la sécurité alimentaire et de promotion du commerce transfrontalier formel. En facilitant les échanges tout en garantissant la protection sanitaire des populations, cette réforme ouvre la voie à une intégration régionale plus inclusive, durable et bénéfique pour les milliers de femmes et de petits producteurs qui constituent le véritable moteur de l'économie des Grands Lacs.