Burundi–RDC : Le groupage au cœur de la réunion bilatérale pour faciliter le petit commerce transfrontalier
"Comment permettre aux petits commerçants de transporter leurs marchandises à moindre coût, de mieux comprendre les procédures douanières et de commercer plus facilement entre le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC) ? C’est autour de ces enjeux fondamentaux que les deux pays ont engagé, à Bujumbura, une réflexion commune pour harmoniser le système de groupage dans le cadre du Régime commercial simplifié (RECOS) du COMESA".
BUJUMBURA, Burundi, 14–15 octobre 2026 — Derrière chaque marchandise qui franchit la frontière entre le Burundi et la RDC, il y a une activité économique vitalisante, un revenu familial à préserver et les moyens de subsistance d'un ménage. Pour ces petits acteurs économiques, chaque franc compte. Le transport, la complexité des formalités douanières et l’absence d’organisation collective pèsent lourdement sur la rentabilité de leurs activités.
Pour apporter des réponses adaptées, des représentants des deux nations se sont réunis à Bujumbura du 14 au 15 octobre 2026. Organisée dans le cadre du Projet de facilitation du commerce et Intégration dans la région des Grands Lacs (PFCIGL), financé par la Banque mondiale, cette rencontre bilatérale vise à instaurer une solution durable, concertée et ancrée dans le cadre du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA).
Selon Adrien Ndayisaba, Coordonnateur du PFCIGL pour le COMESA, cette rencontre bilatérale apporte une réponse directe aux réalités vécues par les petits opérateurs : « Cette réunion bilatérale est une rencontre d'une importance capitale. Elle constitue une réponse concrète aux effets réels auxquels font face les petits commerçants transfrontaliers. Entre la pandémie de COVID-19, la résurgence de la maladie à virus Ebola et les fermetures répétées des frontières, le secteur a subi de lourds traumatismes. Le système de groupage est une innovation directement mise en place par les commerçants eux-mêmes afin de réduire leurs coûts et d'accéder à des économies d'échelle traditionnellement réservées aux grands importateurs. »
Le principe du groupage est pragmatique : regrouper les marchandises de plusieurs commerçants et désigner un intermédiaire pour gérer l'acheminement ou le dédouanement consolidé. Mais l'efficacité d'un tel mécanisme repose avant tout sur sa compréhension et son appropriation par ses bénéficiaires directs. Rencontrée au poste frontalier de Kavimvira, Madame Elysée, Mère de trois enfants et vendeuse de fruits à Uvira (RDC), témoigne des défis quotidiens du terrain : « Actuellement, il nous est difficile de faire un véritable groupage de marchandises parce que nous n'arrivons pas à passer des commandes directes auprès de fournisseurs préalablement connus côté burundais. Résultat : nous faisons surtout du groupage de transport, en partageant le véhicule. Mais ce système de RECOS harmonisé est très intéressant. Je suis consciente que si j'étais membre d'une association structurée, je pourrais facilement passer mes commandes à distance sans devoir traverser et me déplacer chaque fois au marché du Burundi. »
L'harmonisation des textes réglementaires et des Procédures Opérationnelles Standardisées (SOP) avec l'appui technique du COMESA ne représente que la moitié du chemin.
À l'issue des trois jours de concertation à Bujumbura, les deux pays auront franchi des étapes clés : l'adhésion mutuelle aux principes fondamentaux du système de groupage sous le RECOS, la mise en place de groupes de travail techniques pour finaliser les protocoles juridiques et les procédures opérationnelles, ainsi que l'adoption d'une feuille de route bilatérale pour la mise en œuvre effective sur le terrain.
En rapprochant les pratiques administratives et en plaçant l'humain au centre du système de groupage, le Burundi et la RDC transforment la frontière de Kavimvira/Gatumba : un espace qui ne sépare plus, mais qui connecte, fluidifie et dynamise les économies locales des Grands Lacs.